16 janvier 2012
Tassaft Ouguemoune, le village des héros! Un article de Youcef AIT-MOHAND
Ils sont venus mes enfants, ils sont là. Finalement j’avais bien fait de ne point désespérer, je savais qu’un jour ou l’autre je leur manquerai, leur manqueront aussi mes ruelles qui les ont vu jouer, folâtrer, tomber et se relever tantôt dans leur boue tantôt dans leur poussière. Mes djemâas dans lesquelles ils viennent enfants, taquiner leurs ainés somnolant sur mes bancs de pierre de schiste, mes djemaa qui les ont vus grandir et venir en hommes vêtus de leurs burnous blancs s’asseoir et palabrer des heures durant, où certains d’entre eux jouent sur des damiers tracés directement sur les bancs de pierre polis par le temps pendant que d’autres sont là attendre discrètement les jolies filles en route pour la fontaine pour échanger avec elles quelques regards furtifs complices.
C’est que mes enfants ont fait les choses en grand. Ils ont d’abord commencé par cimenter toutes mes ruelles les rendant du coup coquettes et propres, puis c’est ma mosquée qu’ils ont agrandie et embellie, ils l’ont dotée de beaux tapis tout rouges, d’une climatisation, d’un joli petit minaret d’où fuse cinq fois par jour l’appel des fidèles à la prière. Ma mosquée maintenant n’a rien à envier à celles des grandes villes et c’est avec une pointe de fierté non dissimulée que j’accueille les visiteurs et les invités qui viennent faire leurs ablutions et accomplir leurs prières.
Et L’éclairage n’est pas en reste. Tous mes quartiers sont dotés de lampadaires avec minuterie. Mes nuits sont désormais éclairées et la peur que suscitaient mes ruelles plongées dans le noir des hivers rigoureux n’est plus qu’un mauvais souvenir.
J’ai fière allure. Je me modernise peu à peu.
Les belles constructions qui s’érigent changent un tant soit peu mon aspect d’antan effaçant du coup mon cachet typique de village kabyle. Les maisons couvertes de tuiles rouges et à l’architecture identique disparaissent et sont remplacées au fur et à mesure par des terrasses d’où débordent souvent des barres d’attente dénotant l’inachèvement des travaux qui, je dois l’avouer, m’enlaidit quelque peu. Mais tant pis le progrès est à ce prix.
Cette année c’est l’apothéose!
Cette année, je suis un village comblé. Mes Saints Gardiens, de Sidi Younès à Sidi Ali Bounav en passant par Sidi Amar, Sidi Salem et Sidi Javraïn, ont tous partagé avec moi la joie des retrouvailles avec nos enfants à tous et avec nos vieilles et belles traditions. Cette année, mes enfants ont organisé Thimechret. Un sacrifice dont j’avais tant besoin pour éloigner les mauvais esprits de mon entourage et colmater les brèches qui existent entre mes quartiers. C’est que je ne suis pas n’importe qui. Je suis le village des héros. J’ai l’éternel devoir de tenir à ma réputation. Je suis le village de Ould Hamouda Said Oulhadj tombé à Icheridhene, Ait Hamouda Amirouche, Ould Hamouda Amar, Ait Hamouda Kaci, AIT Hamouda Larbi, Ait Hamouda Djaffer, Ait Hamouda Salem, Ould Hamouda Idir, Ould Hamouda Bélaid , Ait Hamouda Fatima, Ouarez Saïd, Ouarez Embarek, Ait Ouahioune Md Saïd, Ait Slimane Aomer, Ait Slimane Mouloud, Ait Slimane Fatima, Messaoudi Hamid, Messaoudi Idir, Bacha Mustapha, Ouahioune Djaffer, Ait Hamouda Kamel, Ait hamouda Arezki, Ouahioune Amrane et Yousfi Azzedine. Oui, je le dis avec orgueil et fierté! Je suis le village des héros! Je suis Tassaft Ouguemoune de l’Arch Ouvelkacem!
Mes enfants donc ont heureusement renoué avec nos belles et vieilles traditions et Thimechret est l’une des principales.
Thimechret est par excellence une fête de convivialité et de fraternité. Le soir de Timechret, chaque foyer, riche ou pauvre, a la même part de viande dans sa marmite. Le partage se fait équitablement dans la transparence la plus totale.
Par ces temps difficiles où l’égoïsme gagne de plus en plus de terrain sur l’esprit de partage et d’entraide, des jeunes volontaires aux cœurs d’or ont su, par ce geste, réveiller en nous des souvenirs que nous croyions noyés dans les flots tumultueux de la modernité. Un peuple qui perd peu à peu ses traditions perd aussi son âme et devient un ensemble hétérogène d’individus sans racines, porté au gré des vents vers des horizons inconnus.
Oui, Moi, Tassaft Ouguemoune, dont "Ennif","Thirougza" et "Thaqvaylith" sont à jamais inscrits sur le blason de mon histoire, je suis fier de mes enfants, de tous mes enfants, de ceux qui m’ont quitté parce que poussés par les aléas de la vie ou de ceux qui continuent, au sein de mes murs, à perpétuer la vie en communauté, de partage et d’entente mutuelle.
Je prie Dieu tout puissant de guider nos pas dans le chemin de l’honneur, et je souhaite longue vie et résurgence bienfaitrice à toutes nos merveilleuses traditions qui ont fait de nous un peuple dont tous les auteurs ont chanté les louanges.
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Youcef AIT MOHAND
Béjaïa, 16 Janvier 2012
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